Une vie dans les marges tome 2 (Dimanche Manga)

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Série: Une vie dans les marges
Tome: 2
Auteur: Yoshihiro Tatsumi
Editeur VF: Editions Cornélius
Editeur VO: Seirinkogeisha
Date de publication VF: Août 2011

Si vous avez lu ma chronique du premier tome de cette série, vous savez tout le bien que je pense de cet album. Vous ne serez donc pas étonné que je vous dise que je n’ai pas tardé à me procurer le deuxième et dernier opus. Et que je l’ai dévoré d’une traite.

Les jeunes artistes travaillant chez Hinomaru sont ravis, Kage, le magazine créé par eux et pour eux fonctionne bien, et obtient un joli succès critique. Mais l’éditeur d’Osaka souffre tout de même d’un manque de vente, l’embellie économique japonaise n’est pas encore advenue, alors pour produire plus et plus vite, le patron leur propose de se rassembler à plusieurs dans un appartement où ils travailleront côte à côte. Hiroshi est de ses quatre, avec Kuroda, Matsu et Saito. Une nouvelle manière de vivre de sa passion pour Hiroshi. Mais rapidement, il réalise qu’il manque un sens à son travail. Ce besoin de création, ce résultat de ses envies de différence, il le nommera Gegika, soit dessin en action dramatique.

Autant le dire tout de suite, on a là affaire à une œuvre aussi énorme que le tome précédent. C’est l’ouvrage dans sa globalité qui est donc essentiel, mais je vous parlerai plus particulièrement de cet album. Quand même. Il ne se lit pas, il se dévore. Pourtant, en préalable, l’éditeur publie un texte de l’auteur, où il explique qu’il avait du mal à percevoir l’intérêt de raconter sa vie en bd, de ne pas y voir, à l’origine, de support « d’intrigue ». Mais dans cet ouvrage qui ne se finit pas vraiment, qui n’a pas une trame narrative soignée et ficelée, on entre en immersion totale pour ne ressortir qu’à la toute fin. En fait, on assiste à la création d’une partie de l’Histoire du manga, comme si nous découvrions les débuts de l’Association, en France, par exemple. Ce n’est pas du premier plan, mais ça reste des mouvements qui auront traversé leur média. Tatsumi y parle de passion, de questionnement personnel et artistique, il nous parle aussi de la société japonaise d’après-guerre et de la perception qu’elle avait des mouvements novateurs, pour ne pas dire, révolutionnaires. Tous les auteurs qui se sont revendiqués du Gegika avaient cette part de révolution artistique, d’émancipation. L’auteur le présente bien à travers le personnage qui le représente, pour qui le fait que son travail soit placé à côté de manga pour enfants devient rapidement une aberration, ce qui sera aussi le moteur de sa réflexion pour créer quelque chose de différent, de fondamentalement nouveau pour une société japonaise qui en ressentait le besoin sans parvenir à le convaincre. C’est sans doute de la société japonaise dans sa globalité, que nous parle en fait Yoshihiro Tatsumi. Par la lorgnette d’un petit courant artistique, il parvient à questionner certains blocages de l’Histoire de son pays. Et je me répète peut-être, mais c’est le signe des plus grandes œuvres d’art, que de parvenir à cela.
Je ne m’attarde pas sur le dessin, je n’ai rien à rajouter. Évidemment, dans un intervalle de création court, l’auteur n’a rien perdu de ses qualités, et n’a pas bâclé son travail par rapport au recueil précédent.

Pour terminer, je mettrai en avant UN point plus négatif. Histoire de ne pas être totalement à genoux devant cette œuvre, je vous fais part d’un sentiment. Après plus de 800 pages, je n’ai toujours pas compris ce qu’étaient les librairies de prêt dans le Japon d’Après-guerre. Ainsi donc, il y a un point sur lequel l’auteur n’a pas été parfaitement limpide. Fonctionnaient-elles comme des bibliothèques? A l’origine, elles produisaient leur propre matériel (une idée à reprendre, ça, des magazines de création édités par des bibliothèques), mais comment le faisaient-elles connaître, par quel réseau? Tout n’est pas dit, c’est dommage, j’aurai aimé avoir un regard plus poussé sur l’infrastructure de publication de l’auteur et de ses collègues. Mais comme j’aime à le dire pour mon ami PG Luneau, là, je le reconnais bien volontiers, je chipote. Bah, pour une œuvre majeur de la bande dessinée, on peut bien se le permettre non?

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topbd_2013

19.5/20

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