Les enfants de Jessica tome 2- Jour de deuil (Mardi chronique)

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Série: Les enfants de Jessica
Tome: 2
Titre: Jours de deuil
Scénariste: Luc Brunschwig
Dessinateur: Laurent Hirn
Editeur: Futuropolis
Date de publication: Août 2012

Luc Brunschwig est un scénariste que je suis désormais fidèlement. Les trois dernières séries qu’il a lancées sont pour moi de vraies réussites. Alors puisqu’une des suites sort, je ne peux attendre et je me rue dessus, désireux de retrouver tout ce que j’aime chez ce scénariste. Et une fois de plus, j’ai retrouvé l’exigence que j’attends de lui.

Jessica Ruppert, l’ex-maire de New York et actuelle secrétaire d’État aux affaires sociales, devait faire franchir  son pays une nouvelle étape de développement, avec un programme tenu secret et mitonné de longue date. Mais son propre camp vient de la trahir. Alors qu’elle présentait son projet au Capitole, elle a été attaquée par les démocrates qui l’accusent de mener une politique anticonstitutionnelle. Jessica chancelle sous le coup, sans savoir que cet évènement imprévu vient de bien plus haut. Et pendant ce temps les Logan’s, ces opposants à la politique de Jessica Ruppert, ont mené différentes actions violentes qui ont conduit à plusieurs décès sur des cibles représentant leur ennemie et ses convictions. Mais qu’en pense Joshua Logan, leur supposé mentor, du fond de sa cellule?

Avec Le pouvoir des Innocents, la série originelle dont est issue Les enfants de Jessica, Luc Brunschwig livrait une chronique de l’Amérique telle qu’il la voyait. Clairement, c’est à nouveau le cas dans cette série, qui semble prendre la place de suite la plus directe dans le fond, du Pouvoir des Innocents (par rapport à Car l’Enfer est ici, suite chronologique, elle).  Le regard qu’il porte sur l’Amérique post onze septembre, post guerre en Irak et en Afghanistan, est dur et sans concession. Il met en avant l’idée que la société américaine, dans certaines de ses composantes, est entièrement endoctrinée par l’idéologie de la réussite individuelle, cet Americain Dream. Et il montre que tenter de changer cela ne peut que conduire à une confrontation violente. Lorsque le mot « socialiste » devient une insulte, l’appel à l’intelligence ne peut plus être fait. Il n’y a que de la doctrine, plus de débat. Et lorsque l’intelligence ne peut être invoquée, c’est que la violence est prédominante. D’une certaine façon, Luc Brunschwig réactualise le concept de lutte des classes. Marx avait choisi l’Angleterre comme modèle pour son élaborer sa théorie (la Russie ne lui apparaissait pas du tout comme le pays susceptible de valider ses théories, précisons le en passant), Brunschwig délocalise son propos dans la plus grande puissance anglo-saxonne. Il le fait, en proposant une classe possédante qui ne serait plus nécessairement seulement la classe dirigeante. Il adjoint aux « riches », que l’on voit se réjouir au détour d’une case, un fils de propriétaire, symbole des propriétaires. Fils qu’il met en opposition avec ses parents, d’ailleurs, séparant ainsi les acteurs de la promotion sociale, et ceux qui profitent d’une position établie. En face, il instaure les prémices d’une conscience de classe chez ceux que l’on appellera les exploités, ou les déclassés, suivant les théories sociologiques. Ces migrants internes, comme il les fit désigner forment un mélange de pauvres et d’anciens possédants. Qu’il place dans des bidonvilles et dans les immeubles sociaux made in Jessica Ruppert. Dans cet album, l’affrontement commence réellement. La couverture est claire à ce sujet.
Pour autant, le scénariste n’oublie pas de poursuivre son ouvrage global et nous retrouvons donc de nouvelles interactions entre Jessica, Amy, Logan, Xuan-Maï, bref, les protagonistes de la première série. Logan continue d’être un personnage charismatique et impressionnant. Quand on se souvient qu’il est une victime innocente de Steven Providence et de ses alliés, on ne peut que le soutenir pleinement dans son positionnement. Et on attend d’en savoir plus, de voir comment chaque personnage va encore évoluer. Et souffrir. Le doute n’est point permis, les héros de ces albums vont souffrir. Reste à voir comment, et si, Luc Brunschwig souhaite les faire réussir dans leurs entreprises. Et comment les USA parviendront à se relever, pris entre les émeutes et le poids de la finance internationale (introduction qui fait froid dans le dos et qui est malheureusement d’une triste actualité. Mais je ne parlerai pas ici de faire défaut face à la dette).
Je parle beaucoup du travail du scénariste et comme d’habitude, je ne serai pas à la hauteur pour parler du dessin de Laurent Hirn. J’en suis désolé pour lui, mais je ne possède que peu de mots pour qualifier son travail. Ce que j’ai aimé, c’est cette recherche graphique qu’il mène mine de rien, au détour des pages, comme celle du cauchemar d’Amy. On sent qu’il tente des choses, montages, travail sur photos, mise en couleur par ordinateur, preuve que l’artiste conserve après plus de dix ans de carrière, une vraie passion pour son métier. Ceci dit, les amateurs retrouveront avec plaisir son trait et son travail des couleurs à la peinture. Aucune déception non plus dans ce secteur là.

J’espère que vous me pardonnerez cette lecture politique des Enfants de Jessica tome 2, mais cette vision me semble incontournable. Je peux me tromper sur les intentions de l’auteur, sur les idées qu’il souhaite nous transmettre, mais dans le fond, je ne doute pas de l’orientation politique qu’il souhaite transmettre. Il réalise une politique fiction, ce qui doit être un véritable bonheur à écrire. Réfléchir à ses lectures, à ses opinions, et en proposer une vision modifiée, personnelle, sans qu’on ne puisse être attaqué par les tenants du dogme politique. Ce doit être une liberté des plus plaisantes.

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18.75/20

3 réflexions sur “Les enfants de Jessica tome 2- Jour de deuil (Mardi chronique)

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