Lady Snowblood- Vengeance sanglante tome 1 (La bd du Mercredi)

Lady-snowblood-tome-1

Série: Lady Snowblood- Vengeance sanglante
Tome: 1
Scénariste: Kazuo Koike
Dessinateur: Kazuo Kamimura
Editeur VF: Kana
Editeur VO: Koike Shoin Publishing Co, Ltd.
Date de publication VO: 1972
Date de publication VF: 2008

Le diptyque « Une vie dans les marges », de Yoshihiro Tatsumi, est selon moi une oeuvre incontournable pour comprendre le manga et son évolution. Alors que j’ai terminé depuis moins de 24h la lecture du second volet de cette série, je me lance dans la lecture de Lady Snowblood. Et je mesure parfaitement ce que j’ai compris grâce à l’œuvre de Tatsumi. Essentiel, je vous le disais…

Yuki est née en prison. Sa mère est morte en la mettant au monde, parce qu’il n’y avait nul médecin capable de la délivrer, dans cette prison pour femme du début de l’Ere Meiji. Pourtant, cette mère a tout fait pour que cette enfant existe. Elle avait une mission pour elle, que par delà sa mort, l’enfant devait accomplir. La mère avait été violée par un petit groupe de gens de son village, qui avaient en plus manœuvré pour voler l’argent des autres villageois, dans une période d’extrême tension avec le pouvoir central de Tokyo. La victime n’avait réussi à tuer qu’un seul de ses bourreaux. Meurtre qui lui valut une peine d’emprisonnement à vie. A mort… Une camarade de cellule, qui mit au monde l’enfant, jura de l’élever dans sa sanglante destinée. Devenue adulte, Yuki est un assassin accompli. Lady Snowblood tue sur contrat, pour de l’argent. Sans jamais perdre de vue les cibles désignées par sa mère.

Quand je faisais référence aux écrits de Tatsumi, concernant Lady Snowblood, c’est à propos du terme Gekiga, que l’auteur créa et mit en avant toute sa carrière durant. Il y avait deux sens à ce terme. « Images en action, dramatiques » est celui retenu par Tatsumi, par le second « image violente », convient parfaitement à cette œuvre de Koike et Kamimura. Les deux sens se mêlent parfaitement, même si le second prédomine. Kazuo Kamimura possède un talent évident pour mettre en scène la violence, pour la chorégraphier jusqu’à la rendre sublime. Pas étonnant que Tarentino se soit inspiré de ce manga dans Kill Bill. Graphiquement, il y a le même soin de la mise en scène. Le scénario de Kazuo Koike est dur, difficile, mais Kamimura le maintient juste sur le fil du katana, sans jamais le faire tomber dans l’insupportable. Le malaise est sans cesse pressant, mais ne s’installe jamais, contrairement, par exemple, au plus récent manga Battle Royal, qui lui écœure dans sa violence et son caractère pornographique. Les mêmes ingrédients sont là, mais Kamimura transcende tout. Il touche au subtil dans le gore.
Il convient donc parfaitement au scénario de Kazuo Koike, un des auteurs se revendiquant du Gekiga. Dans cette fresque, le scénariste nous parle de meurtre, oui, de vengeance, mais surtout du poids placé sur les épaules des enfants par leurs parents. Cette obligation que certains imposent à leur descendance, de réussir là où ils ont échoué, privant par là-même leur progéniture de toute destinée personnelle. Yuki ne vit que pour la vengeance, que par elle. Et il est évident, à mon sens, qu’elle n’aura pas de vie possible une fois le vœu de sa mère réalisé. Cela sera à confirmer par la suite, mais ce premier tome le laisse penser. A voir si Koike veut laisser un échappatoire à cette nouvelle victime qu’est en fait Yuki. Autre entrée dans le scénario, le regard sur la société. Délaissant les oeuvres pour enfants, Koike n’hésite pas à parler du passé de son pays et de ses travers. De sa sur-occidentalisation, menant à considérer le japonais comme une sous-race par rapport à l’homme blanc, mais aussi des travers inverses vantant la pureté et la suprématie du Japonais sur les autres. Avec son regard de fin de XXe siècle, Koike propose une voie médiane, dans laquelle le Japon exploiterait pleinement ses forces sans considérer les autres comme des inférieurs. Jean-Pierre Dionnet, qui réalise la préface de cet album, semble plus s’y connaître que moi quant à l’époque Meiji, je m’en tiens là à ce que je perçois de l’auteur et de l’Histoire du Japon. Mais le chapitre traitant du haut lieu de la diplomatie japonaise de l’époque ne laisse pas de doutes sur ce qu’il pense.

Et dire qu’il y a un deuxième tome… Cela m’enchante, car j’aurai grand plaisir à lire une œuvre aussi intelligente, aussi bien construite tant dans le scénario que dans le dessin. Les deux auteurs semblent se comprendre parfaitement et se sublimer l’un l’autre. Voilà, je commence à en découvrir, de grandes œuvres du manga. Il fallait juste regarder dans le Gekiga… Je vous ai parlé d’une vie dans les marges?

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8 réflexions sur “Lady Snowblood- Vengeance sanglante tome 1 (La bd du Mercredi)

  1. Noukette 05/09/2012 10:31

    Oh ben dis donc, qui l’eut cru, je suis fortement attirée par ce manga dont tu vantes si bien les mérites ! Choco en avait parlé non…? Bref, je suis emballée !

  2. Yaneck Chareyre 05/09/2012 17:06

    J’ai déjà lu le tome 2. Je ne tarderai pas à terminer la série, elle est vraiment très classe.

  3. PG Luneau 08/09/2012 05:48

    J’avoue que tu en parles avec une passion vraiment communicatrice!! Du coup, je me laisserai peut-être tenter!!??

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