Gringos Locos tome 1 (La BD du Mercredi)

Gringos-Locos

Série: Gringos Locos
Tome: 1
Scénariste: Yann
Dessinateur: Schwartz
Coloriste: Fabien Alquier
Editeur: Dupuis
Date de publication: Janvier 2012

 

 

Voici un ouvrage qui aurait du être publié bien plus tôt que ce qu’il n’a été. Cette chronique des aventures américaines de Franquin, Jijé et Morris, trois monstres sacrés de la bande dessinée franco-belge, a été retardée par les propres enfants de certains des protagonistes. Car cette biographie romancée ne l’était pas assez au regard des descendants, qui trouvaient que leurs pères de papier ne ressemblaient en rien à leurs pères réels. Ce qui aurait du être un hommage passe alors pour un pamphlet, et l’éditeur se voit obligé de publier en sus un cahier donnant droit de réponse à l’un des fils de Jijé. Avec moult avertissement et précaution d’usage.

En 1948, Jijé est un dessinateur phare pour les éditions Dupuis, en Belgique. Il est à la tête d’un petit groupe de dessinateurs qu’il a lui-même formé et dont il est devenu très proche. Apeuré par l’idée qu’une troisième guerre mondiale puisse advenir entre l’URSS et le reste du monde, il décide de quitter l’Europe pour tenter sa chance aux États-Unis, dans les studios de dessin animé du désormais célèbre Walt Disney. Outre femme et enfants, il emmène avec lui Morris et Franquin, ses deux assistants-élèves pour un road-trip à travers l’Amérique.

Autant le dire tout de suite, les « vapeurs » des descendants, c’est beaucoup de bruit pour rien. A aucun moment, Yann ne prétend détenir la vérité révélée, et à aucun moment on ne peut se dire qu’on lit une biographie officielle en bande dessinée. Je veux bien que ce voyage ait pu être mouvementé, mais les évènements proposés sont scénarisés, c’est une évidence. Si l’on ajoute à cela des références claires aux œuvres des différents auteurs (les idées noires de Franquin, la scène du militaire abattu de Jijé, ou les mariachis de Morris aux allures de frères Dalton), je ne vois pas comment l’on peut se tromper.
Et du coup, nous avons là une aventure passionnante et drôle à suivre, qu’on aimerait réelle même si l’on conçoit parfaitement l’action du scénariste. Ce trio est vraiment attachant, chacun dans leurs styles propres. On s’attachera à Jijé en père de famille responsable et un peu colérique, à Morris en séducteur toujours prêt à faire la fête et à Franquin le grand timide amoureux et casanier. Ensemble, rien ne leur résiste, et surement pas le lecteur. Les auteurs deviennent aussi sympathiques que leurs créations respectives, voir même plus.
Au dessin, Schwartz est un excellent choix. Son trait si particulier sied à merveille aux années 50, tel Darwyn Cooke de l’autre côté de l’océan. Ils ne sont jamais aussi bon que lorsqu’ils mettent en image cette époque. Il y a une adéquation parfaite qui s’était déjà exprimé pour Schwartz sur le Groom Vert-de-gris et qui ne fait pas défaut. Ce qu’il fait ressentir au lecteur apporte beaucoup à l’humour voulu par le scénariste. Et la sympathie, tout autant. C’était le partenaire idéal pour une telle entreprise. A noter que les couleurs de Fabien Alquier sont d’une familiarité, d’une chaleur telle, qu’on ne saurait envisager cette histoire sans elles.

Les polémiques, je m’en moque. Le plaisir est là est bien là à la lecture. Ce n’est pas une page historique de la bd franco-belge? En tous cas cela y ressemble. Et si j’ai envie d’en apprendre plus, j’irai lire de véritables biographies. D’ici là, j’ai appris à aimer un peu plus ces trois auteurs pour ce qu’ils étaient à leur début. Et cela, chers descendants, c’est tout sauf une attaque contre la moralité de vos parents.

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12 réflexions sur “Gringos Locos tome 1 (La BD du Mercredi)

  1. jerome 18/07/2012 12:44

    J’ai suivi cette polémique d’assez près et je crois comme toi que c’est beaucoup de bruit pour rien. En même temps, j’ai l’impression que l’éditeur et les auteurs n’ont pas craché sur ce buzz
    alimenté par les héritiers.

    L’album est à la maison, j’attends la sortie de la suite pour tout lire d’un coup.

  2. Yaneck Chareyre 19/07/2012 11:04

    Mais comment peux tu faire pour attendre? Moi si j’achète, c’est parce que je veux lire. Attendre pour lire, un concept qui m’est juste extra-terrestre.

  3. Noukette 18/07/2012 16:12

    Effectivement, les descendants en question n’avaient sûrement rien de mieux à faire pour faire parler d’eux visiblement… Cela dit, cette biographie romancée pourrait ma plaire, même si je suis
    moyennement fan de ce genre de dessin très classique…

  4. Yaneck Chareyre 19/07/2012 11:03

    C’est vrai, le dessin est en parfaite adéquation avec l’époque bd proposée. L’histoire est vraiment intéressante, mais c’est toujours dur de lire quand le dessin vous freine.

  5. Yaneck Chareyre 19/07/2012 10:54

    Ah oui, toi aussi? Quel talent des auteurs pour parvenir à en faire une bd trans-générationnelle…

  6. Belzaran 18/07/2012 23:50

    J’avoue être plus intéressé par l’aspect documentaire. Résultat, ta critique me laisse à penser que je n’y trouverai pas forcément ce que je cherche.

  7. Mango 19/07/2012 05:47

    Ça m’intéresse, ne serait-ce que pour ma culture si ce n’est par plaisir. J’ai toujours eu du mal avec ce genre de BD-là et pourtant…

  8. Arsenul 20/07/2012 12:39

    Les polémiques, je m’en moque. Le plaisir est là est bien là à la lecture! et voilà tu as
    tout dit! J’ai aimé cet album, je l’ai trouvé sympathique, mais je ne crois pas qu’il y a de quoi en faire tout un plat. tu as raison aussi sur le point du dessinateur qui fait de son
    temps. Bonne chronique!

  9. PG Luneau 20/07/2012 17:07

    Aaaaah!!!!!!! C’est pour ça que ça a été si long, et qu’on en parle depuis si longtemps!!? Merci d’éclairer ma lanterne : je n’avais pas eu vent de cette polémique.

    Chose certaine, moi qui ai lu une biographie de Franquin dans laquelle on parlait de cette épopée nord-américaine…

    http://www.lepigeonographe.com/luneau/chroniques/franquin-heureux-pere-de-gaffeur-121.html

    … j’ai très hâte de la voir en images… surtout si ce sont les images du génialissime Schwartz! Et tant mieux si c’est scénarisé : de toute façon, les bandes audio de ce voyage doivent être
    trop abimées, depuis le temps, pour qu’on puisse y entendre le verbatim de toutes leurs discussions, non??! 😉

    J’ai donc très hâte de me procurer cet album, qui me semble incontournable… mais, tout comme Jérôme, je ne le lirai probablement pas tout de suite… Et je te donne mon truc pour y arriver :
    je l’intègre à ma pile à lire… de 1643 autres albums super-intéressants qui me tentent (presque) tous autant que celui-là! 😉

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