Kamui Den tome 1 (La chronique de Snoopy)

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Kamui Den tome 1
Série : Kamui Den
Nombre de tomes : 4 (Série Terminée)
Sénariste : Shirato Sanpei
Dessinateur : Shirato Sanpei
Editeur VF :  Kana
Editeur VO : Shôgakukan
Date de publication VF : 03 Décembre 2010

 

 

J’ai longtemps hésité avant d’écrire cette chronique, tant le résultat ne rendrait pas justice à la qualité de cette œuvre qu’est Kamui Den. Sachant cela, j’ai donc décidé de relever le défi et d’essayer de parler de ce Kamui Den de la manière la plus juste possible…

Kamui Den nous propose de suivre le destin de trois jeunes garçons vivant à l’époque Edo, dans un Japon Féodal présenté sous un jour que les images d’Epinal ne montrent guère. Kamui est un jeune garçon appartenant à la caste des hinin, les parias. Cette caste est la plus basse de cette société féodale. Ces membres ne sont mêmes pas considérés comme des humains. Le rêve de Kamui est de s’extirper de sa condition. Pour cela, il va s’engager dans une voie dangereuse : celle des ninjas. Shôsuke, lui, est le fils d’une famille de serviteur. La caste des serviteurs est plus élevée que celle des parias. Mais elle reste tout de même très basse dans l’échelle sociale. Son rêve : devenir agriculteur (et donc intégrer la caste des paysans). Le troisième jeune garçon s’appelle Ryûnoshin. C’est un fils de guerrier (une caste assez aisée). Il ne comprend pas vraiment pourquoi il ne peut côtoyer les castes inférieures (et devenir amis avec des enfants paysans ou des serviteurs). Son destin le conduira à devenir un rônin (un samurai sans maitre) lorsque son Seigneur, que sa famille a juré de protéger et de servir, va les trahir de la horrible des manières possibles. Ces trois jeunes garçons, au destin particulier, vont devoir vivre et grandir en surmontant les difficultés et en devant faire face au système féodal du Japon de l’Ere Edo…

Comme je l’ai dit en préambule, cette chronique risque de ne pas rendre justice à ce manga tant il y aurait de choses à dire. Kamui Den est une œuvre monumentale. J’ose le dire, on est pas loin du chef d’œuvre (je la qualifierais de telle si les trois autres tomes sont du même tonneau). En plus d’être un manga mélangeant action, suspense, humour, romance… Kamui Den est une véritable chronique sociale d’une période du Japon que tout le monde connait de nom mais pas forcément en détail : l’Ere Edo. En règle générale, les mangas qui arrivent dans nos contrées en français et parlent de cette époque font quasiment tous l’apologie (d’une manière ou d’une autre) de la caste des guerriers, les fameux samurais. Ce qui donne souvent de bonnes histoires à lire. Dans Kamui Den, Shirato Sanpei parle aussi des samurais. Mais pas que. Je dirais même qu’ils sont plutôt en retrait dans ce premier tome. En fait, l’auteur ne veut pas faire un manga à la gloire (ou contre) des guerriers, il nous présente juste une tranche de vie d’une société à une époque donnée. Et il faut reconnaître que cette chronique sociale est très réussie. Très réussie car très réaliste. L’auteur maitrise visiblement son sujet sur le bout des doigts. Ainsi, à chaque fin de chapitre, il nous propose des compléments d’informations sur le fonctionnement de cette société féodale, sur certaines lois… Ces informations sont les bienvenues pour le lecteur tant certaines séquences peuvent paraître surréalistes pour le lecteur que nous sommes.

Shirato Sanpei ne recule en effet devant rien. Il nous montre toute l’horreur de cette société féodale. Ainsi, nous avons l’occasion de voir comment les castes supérieures n’hésitent pas à monter les castes inférieures les unes contre les autres. Cela dans le but qu’elles ne s’unissent pas pour renverser le régime. Ces castes, qui auraient donc tout intérêt à s’unir, se haïssent au point qu’au moindre dérapage elles peuvent s’affronter pour tuer les fautifs de la caste inférieure. Les castes supérieures n’hésitent pas à voler devant les yeux de tous les paysans lors des récoltes de riz en adoptant des méthodes de comptage totalement défavorables aux paysans. Cette frustration sera reportée sur les serviteurs, qui eux-mêmes reporteront leur frustration sur les parias. Un autre moyen utilisé par les castes supérieures pour contrôler les autres était la corruption et la dénonciation (qui était récompensée). Ainsi, le jeune Shosuke (un fils de serviteur) va être dénoncé par un autre serviteur au chef parce qu’il sait lire (note : les serviteurs n’avaient pas le droit d’apprendre à lire). Dernier exemple (probablement le plus horrible) : les parias n’avaient pas le droit de travailler. Pour manger, ils étaient obligés d’aller mendier dans les villages. Ils étaient également chargés de nettoyer les déchets, de s’occuper des animaux morts… D’ailleurs, les parias, pour se nourrir, devaient se résoudre à dépecer les carcasses des animaux morts pour pouvoir récupérer la viande. En plus de nous décrire la vie des hommes dans cette société féodale, Shirato Sanpei nous propose également de suivre en parallèle la vie d’un loup, prénommé également Kamui. Cette chronique de la vie du loup n’est pas anodine car elle est un élément supplémentaire pour critiquer le système injuste des castes. Il démontre en quelque sorte que finalement, l’homme (qui est censé être plus intelligent que l’animal) est resté au stade animal dans son comportement vis à vis de ses semblables.

D’un point de vue graphique, j’ai A-DO-RE ! On retrouve typique des mangas parus à la fin des années 50, début des années 60. Les amateurs de mangas de cette époque seront aux anges. Le trait est dynamique, très expressif. Ce n’est pas vraiment un style réaliste. Je le qualifierai plutôt de style semi-réaliste (ce n’est clairement pas un style gekiga. Mais n’avons pas à faire à un style cartoony). Les cases sont souvent dépourvues de décor, l’auteur faisant passer tout son message via ses personnages. Le rendu visuel est très agréable à l’œil.

Kamui Den est une œuvre monumentale dans son propos. Mais pas seulement. Elle l’est également dans son édition. En effet, Kana nous propose dans un grand format (environ 30% plus grand que la taille d’un manga standard) quatre tomes de 1500 pages. Oui oui, vous avez bien lu : chaque tome compte 1500 pages ! Je suis personnellement très friand de ce genre d’intégrale. C’est d’ailleurs un de mes regrets les plus grands en matière d’édition. J’aimerais que les éditeurs nous proposent plus souvent ce genre d’édition. Glénat a également une collection old school dans le même genre (même si le format est différent). Kana est à ma connaissance le seul éditeur qui propose de vieux mangas avec une telle édition. Bien évidemment le prix peut sembler assez élevé (chaque tome de Kamui Den coute 29€). Mais si vous faites rapidement le calcul, vous vous rendrez compte que ce prix est plus que correct. Il faut bien sûr pouvoir débourser 29€ en une fois. Mais ça peut en valoir la peine.

Bref, je pense que vous aurez compris que j’aime ce manga. Kamui Den est pour moi une œuvre mature à lire absolument. Car en plus de vous divertir, elle vous fera réfléchir.

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8 réflexions sur “Kamui Den tome 1 (La chronique de Snoopy)

  1. Yaneck 24/06/2012 13:17

    Très belle chronique, très enthousiasmante. Ceci dit, quand j’ai vu l’épaisseur du bouquin à la bibliothèque, j’ai reculé. Je me le prendrais sans doute pendant mes vacances…

  2. Snoopy 25/06/2012 12:55

    Si tu as la chance de lire ce volume gratuitement, fonce ! (J’espère que ça te plaira)

    C’est un volume épais effectivement. Dis-toi qu’on te propose de lire les 7-8 premiers volumes du manga en une fois. ^^

  3. PG Luneau 29/06/2012 18:57

    Tu peux être rassuré, Snoopy : ton enthousiasme passe très bien la rampe, et ta critique semble être à la hauteur de l’oeuvre!! Tu as parfaitement réussi à me convaincre de lire, un jour, cette
    brique… peut-être pas de l’acheter, mais au moins de l’emprunter éventuellement à la bibliothèque. C’est vrai que l’époque et l’angle utilisé m’apparaissent très intéressants…

    Je n’ai qu’un seul bémol : c’est le graphisme. En grand connaisseur que tu es, tu nous dis que ce n’est pas du gekiga (??), que ce serait plutôt du semi-réaliste des années 50-60, qui évite
    le cartoony… mais comme je suis néophyte en manga, j’aurais aimé voir ce que tu voulais dire par là!! Malheureusement, la planche en pleine page que tu nous montres en exemple n’est pas très
    parlante!! En fait, le peu que j’en perçois ne m’attire pas beaucoup, c’est donc peut-être ce graphisme qui fera en sorte que je décide de ne plus plonger dans l’aventure, malgré son intérêt. Il
    faudra que je feuillète, donc, mais je suis très curieux!

  4. Yaneck Chareyre 30/06/2012 08:00

    La planche, elle est de moi, et c’est la seule que j’ai trouvé sur le net. C’est pour ça qu’elle n’est pas convaincante….

  5. Snoopy 29/06/2012 19:43

    Je vais faire quelques scans que je posterais demain matin. Je posterai les scans de Kamui Den et je posterai également un scan ou deux d’un manga dont le style graphique est le gekiga. Tu
    pourras remarquer la différence et te faire une idée plus claire du style graphique de ce manga.

  6. Snoopy 30/06/2012 12:28

    Voici les scans promis. Je les ai faits rapidement (d’où leur qualité… discutable ^^). Et comme je ne voulais pas abimer mes tomes, je pense que c’est le meilleur résultat que je pouvais
    atteindre. En espérant que cela te donnera une meilleure idée du dessin.

    Mais auparavant, je dois faire mon mea culpa. En effet, Kamui Den est bel et bien considéré comme un manga de type gekiga (une histoire « dramatique » avec un dessin réaliste). Je disais que
    c’était un manga semi réaliste car pour moi, certaines expressions sont exagérées, caricaturées (bien que l’aspect général soit réaliste). Comme quoi, même après des années de lecture de manga,
    on apprend toujours des trucs. 🙂 Mais bon, au final, peu importe comment le style graphique est appelé, ce qui importe ce sont les images.

    Pour commencer ma démonstration, voici deux scans tirés du manga Plus Forte que le Sabre volume 1 d’Hiroshi Hirata (il faudra que je vous en fasse la chronique au passage car c’est vraiment un
    bon manga) :


    Ensuite, je vous propose deux scans du tome 1 du manga Lone Wolf and Cub :


    Enfin, voici 4 scans de Kamui Den volume 1 :




  7. PG Luneau 30/06/2012 15:27

    Très intéressant, ces distinctions! J’aime beaucoup le style très réaliste de tes premiers exemples, qui me rappelle un peu la série l’Âge de bronze, d’Eric Shanower. Pour ce qui est de
    Kamui Den, c’est mieux que je pensais, mais ça reste un peu particulier : c’est vrai que ça fait quand même assez caricatural, avec les grands yeux à la Mini-fée (un animé
    japonais qui faisait fureur, au Québec, à la fin des années 70, le tout premier animé japonais à avoir percé ici, je crois)! Sur 1500 pages, j’ai l’impression que je me tannerais
    (ou lasserais, comme vous dites) peut-être…

    Merci infiniment de t’être donné tant de peine afin d’éclaircir ma lanterne : c’est très apprécié!

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