Des salopes et des anges (La BD du Mercredi) (Semaine BD Engagée)

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Titre: Des salopes et des anges
Scénariste: Tonino Benacquista
Dessinatrice: Florence Cestac
Editeur: Dargaud
Date de publication: Octobre 2011

 

Il n’y a pas si longtemps que cela, il n’était pas possible pour une femme d’avorter en France. Il a fallu le combat de femmes courageuses, et le sens politique d’un Valéry Giscard D’Estaing inspiré, qui demanda à Simone Weil de rédiger une proposition de loi sur la légalisation de la pratique de l’avortement. Avant cela, le Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et la Contraception (MLAC) emmenait les femmes à Londres ou à Amsterdam, où l’avortement était légalisé. C’est le parcours de femmes engagées sur cette voie que nous suivons.

Indéniablement, c’est un ouvrage d’une grande utilité que nous proposent Benacquista et Cestac. L’avortement est un droit toujours plus remis en cause aujourd’hui. Pas dans son existence, mais dans sa mise en pratique. De nombreuses barrières sont édifiées peu à peu pour limiter la pratique de l’avortement. Et je n’ose même pas imaginer ce que le dogmatisme du candidat Sarkozy amènera sur cette question, s’il obtient des français un deuxième mandat.
Dans cet album, c’est donc la période pré-loi Weil qui est abordée. Trois femmes sont suivies plus particulièrement, une militante féministe, une bourgeoise, et une femme lambda. Chacune avec leurs soucis, leur histoire, elles finissent par se souder autour de cette expérience difficile. Chacune vivra la suite différemment aussi. La grande force de cette histoire, c’est de mettre en avant les différentes situations possibles, pour les femmes de cette époque. Passant d’une case à l’autre, d’un personnage à l’autre, les auteurs peuvent balayer toutes les réactions, toutes les histoires. Et montrer qu’il n’y a pas une façon de vivre un avortement, mais autant qu’il y a de femmes obligées d’y recourir. Une seule chose demeure, l’angoisse. Pour ce qu’elles vont faire, pour ce qu’elles vont devoir dire, pour ce qu’elles ont peur d’avoir perdu. Un travail utile, intéressant.
Et mené par le dessin tout en rondeur et en humour de Florence Cestac, afin de dédramatiser un peu ces histoires. Les rendre abordables, tout en gardant une certaine distance. Un trait réaliste aurait mené l’histoire vers la tristesse. Alors que là, on peut être touché, amusé, sans que trop n’en soit fait. L’auteure est un excellent choix, pour mettre en image un tel scénario.

Je n’aurai qu’un seul regret sur cet album. J’aurai aimé qu’il détaille plus le combat politique de Simone Weil et de ses soutiens, à l’Assemblée, lors du vote de la loi. C’est évoqué, mais j’aurai aimé vivre les retournements de situation, l’évolution des positions. Comment et pourquoi les députés ont-ils acceptés une loi qu’ils étaient majoritaires à combattre? Mais vraiment, c’est pour faire la fine bouche, cet album est déjà d’une très grande utilité pour le droit des femmes, et les droits de l’Homme en général.

 

Ils en ont parlé: Save my brain, Bulles Picardes , Tout en BD, Actua BD.

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9 réflexions sur “Des salopes et des anges (La BD du Mercredi) (Semaine BD Engagée)

  1. Moka Il y a 1 an

    Je ne connais absolument pas ce titre mais tout ce qui est lié de près ou de loin à l’engagement me plait. J’ai noté ma première BD pour le Top des blogeurs.

    Bises

    Bonne journée.

  2. Arsenul Il y a 1 an

    Très intéressant, je suis u mordu de Benacquista et je n’Ai jamais lu Cestac! Deux bonnes raisons. En plus, la situation en France me fait penser à celle du Canada qui sont totalement
    différentes du Québec. Bref, très instructif que tout ça!

  3. Mango Il y a 1 an

    J’ai feuilleté cet album récemment et l’ai reposé craignant le côté trop systématique d’une lutte que je partage pourtant mais en BD, ce n’est pas ce qui me plaît le plus. J’ai trouvé aussi que
    les images, déjà assez petites, étaient mangées par trop d’écriture. Tu n’as pas eu cette impression?

  4. Yaneck Chareyre Il y a 1 an

    Non, je n’en n’ai pas souffert. La BD apporte un peu de distance, mais franchement, elle n’infantilise pas, même avec le style si particuliers de Cestac

  5. Yaneck Chareyre Il y a 1 an

    Ah oui? Moi j’ai grandit en lisant les débloks dans le journal de mickey, alors Cestac, c’est un peu une madeleine de proust pour moi

  6. Arsenul Il y a 1 an

    Cher Yanneck, brièvement, les QUébécois sont plus à gauche que les Canadiens qui sont resté « pogné » dans les années 60. La famille est privilégié par l’état de plusieurs façon et la place faite
    aux femmes et en particulier aux mamans est grandes, plusieurs congés entre autre. Mais la philosophie sur l’avortement est qu’il vaut mieux avorter que de laisser un enfant naître dans la
    misère. Si l’avortement devient un moyen de contraception… Les travailleurs sociaux s’en chargent. Mais bon, on pourrait en parler pendant des heures!

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