Polina (Mardi chronique)

Polina

Titre: Polina
Auteur: Bastien Vivès
Editeur: Casterman
Collection: KSTR
Date de publication: 2011

En préambule, permettez-moi de vous présenter dans quel état d’esprit j’ai abordé cette lecture. Je n’aime pas l’auteur Bastien Vivès. Je ne l’aime pas, parce que pour moi, il est devenu le chouchou d’une frange médiatique, qui a besoin de se créer une idole pour justifier de ne pas s’intéresser à 99% de la publication bd en France. Ils sont des alibis, et sont bien souvent surévalués. Je n’aime pas l’auteur Joan Sfar pour le même genre de raisons. De Bastien Vivès, j’ai détesté le goût du chlore, apologie du vide sans intérêt, je n’ai pas aimé Pour l’Empire, mais dont il n’était pas responsable du scénaro. Je n’ai pas lu le reste. Et puis, est arrivé Polina. Avec d’excellentes critiques, là aussi, mais notamment de blogueurs dont je respecte l’opinion, comme Yvan. Alors puisque j’en suis à reprendre des lectures, à retenter des séries qui ne m’avaient pas plues, je me suis lancé sur Polina.

Polina, c’est une enfant, dont on suit le parcours. Elle est russe, et douée pour la danse. Sa mère lui fait passer une audition pour intégrer une école de danse prestigieuse mais exigeante. Et la petite fille attire l’oeil du professeur principal de l’école, le plus perfectionniste. Nous suivons donc son évolution, enfant, adolescente, et jeune adulte. Ses doutes, ses colères, ses amours, ses expériences de la danse.

Et donc, en fait, Polina m’a bien plu. Je l’ai lu en ayant la ferme intention de le descendre, et Bastien Vivès, je dois l’avouer, a su renverser mes barrières. Attention, je ne pense pas qu’on soit là sur un ouvrage exceptionnel, mais il possède indéniablement des qualités, et principalement sur le scénario. Il propose une certaine vision de l’apprentissage, et du « maître », au sens du professeur. Bojinski apparaît d’abord comme un tyran se moquant des émotions des jeunes qu’il forme. Sa position évolue au fur et à mesure que Polina grandit et que son regard à elle change. Mais si l’on sort de la vision passionnée, émotive, que nous propose Vivès par l’entremise de son héroïne, une question principale demeure: comment obtenir le meilleur d’un enfant, et l’amener à pousser sa pratique au plus haut niveau? Un nageur français, récemment, contestait par exemple la mentalité de tueur qu’on prête à beaucoup de compétiteurs. Là, nous sommes dans un registre légèrement différent, puisque dans le monde de la danse. La compétition n’est pas la même, bien que tout aussi présente. Mais est-ce par la dureté, par l’absence d’émotions affichées, que l’on pourra pousser l’enfant vers les sommets? Cela interroge véritablement, car cette question se transpose sans mal à l’éducation des enfants dans la vie de tous les jours. Pour ma part, j’aurai tendance à répondre par la négative, et favoriser la compréhension, l’écoute, et la stimulation positive. Du moins est-ce ainsi que j’agirai avec mon fils et dans mon métier d’éducateur si je suis face à des enfants. Mon seul regret ira à la fin, particulièrement convenue. Tout est bien qui finit bien, et la femme réalise ce que la petite fille ne pouvait voir. S’il avait osé une fin moins positive, Vivès aurait obtenu tout mon soutien sur ce scénario. Là, c’est classique, et du coup, gâche un peu le reste de l’album. Pourquoi ne pas avoir osé le prof buté et dans l’erreur, de bout en bout?
Pour ce qui est du dessin, je trouve que Vivès ne va pas assez loin dans sa réflexion. Il semble avoir adopté un trait particulier pour cet album, très nerveux, tourné vers le mouvement plus que vers l’illustration.Pour un album consacré à la danse, cela se justifie pleinement. Mais ce ne sont pas 206 pages de danse qui nous sont proposées. Aussi, je trouve que ce style, hors des phases de chorégraphies, fait plutôt paresseux. C’est simple, sommaire, mais du coup, un peu pauvre. Il me semble qu’il aurait été plus intéressant de lier deux styles, un plus poussé, plus précis, pour les scènes de vie ordinaire, et ce style parfaitement adapté aux passages consacrés à la danse. Cela aurait demandé plus de temps mais aurait je pense beaucoup apporté à l’ensemble.

Vous le voyez, j’ai su mettre à distance mes énervements pour aborder l’oeuvre directement. C’est tout de même une belle réussite pour l’auteur même s’il n’en sait rien et s’en moque probablement. Réussir à faire tomber ses adversaires de son côté, ce n’est pas rien. Je reste convaincu que c’est un auteur surcoté, mais je serai moins catégorique à son endroit. Polina s’avère être une bonne œuvre, intéressante et réfléchie sur tous les plans artistiques.

 

Ils en ont parlé: Yvan, IDDBD, BDGest, Bulles et onomatopées.

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9 réflexions sur “Polina (Mardi chronique)

  1. Ay74 30/08/2011 19:15

    De Bastien Vivez je ne connaissait que « Dans tes yeux », livre que j’ai beaucoup apprécié. Le reste ne m’avait pas emballé, de manière général dès qu’il y a de la couleurs chez Vives, c’est moyen
    voir pire, (dans tes yeux a été fait en direct au crayon de couleurs, le travail est différent).
    Polina a été précédé de très bonnes critiques, j’ai acheté ce livre dès sa sortie et je ne l’ai lu que 4 ou 5 mois plus tard, appréhendais l’épaisseur du livre.
    J’ai adoré.
    J’ai trouvé le trait très juste, proche de ce que fait Bastien Vivez sur son blog (quand il ne met pas ses couleurs affreuses). J’aime l’histoire, cette tranche de vie qui me semble très vraie.
    Mine de rien ce pavé se dévore.
    Ce livre m’a aussi rappelé une vielle série sur une danseuse, on la suivait alors qu’elle commençait dans une école de danse.
    Vraiment un bon livre !

  2. Caro 30/08/2011 19:45

    C’est drôle, mais comme toi, je n’ai pas aimé Le goût du chlore, et depuis, je ne suis pas attirée par les oeuvres de cet auteur.
    J’ai bien vu que Polina avait été récompensé, mais comme toi aussi, je n’étais pas tentée.
    Ton article me donne envie d’aller voir quand même et de dépasser mon appréhension de cet auteur (si je trouve l’album en bibliothèque, car faut pas abuser !! ^^). Alors merci à toi !

  3. Yaneck Chareyre 30/08/2011 20:27

    Ravi de t’entraîner sur cette voie. Après, ça ne me fera pas relire tou Vives, mais cet album là, indéniablement, possède quelque chose

  4. A_girl_from_earth 30/08/2011 22:29

    C’est intrigant comme cette BD a le don de rallier à sa cause les lecteurs les plus réticents (au sujet, principalement). Tu es le 3è lecteur que je connaisse qui tient ce discours, c’est
    fascinant. Vivement que je le trouve dans mes bib’, très dur de mettre la main dessus!

  5. Yaneck Chareyre 30/08/2011 22:42

    Moi, ce n’est pas le sujet mon soucis, j’ai fait dix ans de danse de salon, je suis ouvert à la chose. C’est juste l’auteur qui me pose problème.

  6. PG Luneau 30/08/2011 22:39

    Ton ouverture d’esprit est tout à ton honneur! Je suis d’accord avec ta suggestion au sujet du style de dessin qui aurait pu être double, un pour les chorégraphies, un autre pour le reste: je la
    trouve fort judicieuse… même si je n’ai que feuilleté le lire!!

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