L’art de voler (La bd du Mercredi)

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Titre: L’art de voler
Scénariste: Antonio Altarriba
Dessinateur: Kim
Editeur VF: Denoël Graphic
Editeur VO: Edicions de Ponent
Date de publication VF: Avril 2011

Antonio Altarriba a 90 ans lorsqu’il meurt en 2001, ayant choisi de partir en sautant d’une fenêtre du 4e étage de la maison de retraite dans laquelle il vivait. Le vieil homme a traversé le XXe siècle et son Histoire, en Espagne, son pays natal, mais aussi en France. Militant anarchiste à Saragosse, il a combattu pendant la guerre civile espagnole, et s’est retrouvé dans le camp des perdants, lorsque Franco a mit fin à la République. Antonio était un homme d’Idéaux, un homme de combat. Son fils nous présente maintenant son histoire à lui.

J’ai acheté cet album sur recommandation de mon libraire Benjamin, et force est de constater qu’il me connaît vraiment bien. J’aime l’Histoire, surtout le Contemporaine, j’aime l’engagement politique, et j’aime les rapports entre père et fils, et il y a tout cela, dans L’art de voler.
Le premier aspect qui m’intéresse, c’est celui consacré à l’Histoire espagnole. Je n’avais pas conscience de ce qu’impliquait la Guerre d’Espagne. Je la connaissais uniquement sous le prisme de l’échauffement de l’Axe pour la Seconde Guerre Mondiale, pour Guernica, mais pas pour ce qu’elle était à proprement parler, à savoir une lutte pour la démocratie, et sans doute plus encore. La défaite des Républicains a instauré un totalitarisme moins guerrier mais tout aussi pénétrant que le nazisme ou le stalinisme. On vit de l’intérieur, et du côté que je préfère, ce combat perdu, cet affrontement qui s’est transformé en guerre sous l’influence de nations extérieures qui avaient décidé de faire de ce pays un exemple. Franco va ensuite complètement embrigader son pays, j’oserai même parler de lobotomie, comme le suggère Antonio Altarriba fils dans cet album. Et ces évènements ont des liens avec l’Histoire de notre Nation, la France. J’ai vraiment apprécié de découvrir ce dont j’avais pu entendre parler, mais jamais étudié, à savoir les camps d’enfermement pour Républicains espagnols, sur la côte méditerranéenne. Nous autres français avons une longue histoire commune avec le racisme. Et les espagnols ont eux aussi soufferts du mépris des français sûrs de leurs origines. Le témoignage est puissant, à tous points de vue, et me permet de regarder différemment l’Espagne actuelle.
J’aime aussi le personnage d’Antonio, et ses efforts pour respecter ses engagements, la philosophie de vie qu’il s’est fixé. Je partage cette vision des choses. Lui, tente de faire survivre ses idées anarchistes alors qu’il traverse la période la plus horrible du xxe siècle européen. Jusqu’à découvrir que pour pouvoir retourner vivre dans son pays, auprès de ses racines, il va devoir oublier tout ce qui l’a animé, tout ce pour quoi il s’est battu, même dans sa vie quotidienne. Existait-il un endroit moins approprié pour qu’il s’établisse? Cet endroit, c’était juste chez lui. J’aime la symbolique des anneaux de plomb, partagés entre camarades de lutte, et leur devenir dans l’album. L’auteur développe des symboliques extrêmement fortes.
Enfin, arrive la fin de vie d’Antonio. Sa vie à la maison de retraite, ce regard porté d’une certaine manière, sur la démocratie espagnole même, juste par le petit trou de la lorgnette. Là encore, le scénariste est extrêmement juste et pertinent. Jusque dans les symboliques qu’il développe, pour décrire la maladie notamment.
Décidément, il n’y a aucune partie inutile, ou mal menée, dans cette biographie.
Je termine avec quelques mots sur le travail du dessinateur, Kim, mais vous devez commencer à savoir que c’est là que je m’exprime le moins facilement. Il a un trait très riche en détail, hésitant toujours un peu entre le réalisme et la caricature, mais qui s’avère tout à fait adapté à l’histoire proposée par Antonio Altarriba. La mise en couleur en noir/blanc/ gris est toujours justement dosée, et met bien en valeur les différentes situations.

C’est donc pour moi une excellente découverte, et un véritable plaisir de m’être laissé conseillé par Benjamin, sans savoir ce que j’allais pouvoir lire. Je « joue » rarement avec mon budget bd, limité, mais je ne regrette pas de l’avoir fait. L’art de voler est une œuvre riche, complexe, intelligente, qui montre une fois encore toute la pertinence du média bande dessinée dans la mise en image des récits les plus puissants.
Un album à découvrir pour qui la bd va plus loin que le simple divertissement.

Ils en ont parlé: Paperblog, Carmadou, Yvan,

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16 réflexions sur “L’art de voler (La bd du Mercredi)

  1. soukee 15/06/2011 08:25

    Comme toi, je suis assez intéressée par l’Histoire. Cette BD pourrait me plaire vu ton billet élogieux. Merci du conseil !

  2. Yaneck Chareyre 15/06/2011 14:10

    C’est nouveau, et en effet, ça me plaît pas mal, comme façon de faire, je trouve que ça apporte visuellement.

  3. Mango 15/06/2011 20:54

    Pas mal et ambitieuse comme biographie…et belle démonstration de la nécessité d’avoir un bon libraire.

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