A l’ombre des tours mortes (Semaine Grands Auteurs)

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Titre: A l’ombre des tours mortes
Auteur: Art Spiegelman
Editeur VF: Casterman
Editeur VO: Courrier International
Date de publication: Août 2004

Lorsque les tours du World Trade Center se sont écroulées, frappées de plein fouet par les avions détournés par les kamikaze d’Al Quaida, Art Spiegelman était à quelques blocs de là, chez lui. Il a vécu la tragédie devenue évènement historique au plus près, et a connu à son tour le choc d’une violence extrême. Mais il a aussi vécu de plein fouet les manipulations de Georges Bush et ses partisans, pour plonger l’Amérique dans la terreur et la suspicion. Il lui aura fallu du temps pour digérer l’un et l’autre, et c’est en reprenant la bande dessinée qu’il a exorcisé sa colère et sa père.

Art Spiegelman est l’auteur du mondialement célèbre Maus, mais je n’avais rien lu de lui en dehors de cet ouvrage, et je voulais réparer cela. Alors lorsque j’ai pu me procurer cet album, traitant d’un sujet très sensible qui plus est, je n’ai pas hésité un instant. Je vous le disais, A l’ombre des tours mortes est un exorcisme. Spiegelman a vécu ces évènements dans sa chair, craignant de perdre sa fille au lycée international de l’ONU, potentielle cible, mais surtout placée au pied des tours jumelles. Il a gardé en mémoire l’incandescence des poutrelles d’acier des gratte-ciels, au moment où ils ont cédé. Il ne pouvait garder cela pour lui, et a utilisé son art pour réaliser sa propre psychanalyse en somme. On vit avec lui ces évènements, on a peur pour lui et les siens. Mais l’artiste est engagé, il est new-yorkais, et donc il ne se prive pas de dénoncer avec virulence les mensonges et les trahisons du gouvernement américain qui ont suivi. Actes qui ont lui valu une grande frilosité à l’époque de la part des médias américains. Il ne faisait pas bon être en désaccord avec la croisade nationale décrétée par le président.
Mon seul reproche à cet album, c’est d’être trop court. 22 pages seulement, plus un supplément sur les relations entre bande dessinée et guerres américaines au début du XXe. Cela tient au fait que ces planches furent publiées dans la presse. Spiegelman n’a pu en livrer beaucoup. Merci à Casterman de nous proposer le livre en format tabloïd, ainsi que les planches ont été publiées à l’origine. Mais voilà, je reste sur ma faim. Spiegelman est excellent, j’aime toujours autant son trait, quoi qu’il mette en scène, et j’aurai aimé en avoir plus, en savoir plus sur ces ressentis des évènements. Mais puisque nous sommes sur une œuvre créée en réaction à une souffrance, je n’en demanderai pas trop.

Excellent, indispensable pour montrer combien les américains sont moins monolithiques que ce que nous le pensons, Art Spiegelman propose encore une œuvre qui apporte réellement à l’humanité entière.

 

Ils en ont parlé: A lire au pays des merveilles, Blam!, Ce que dit Rose,

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7 réflexions sur “A l’ombre des tours mortes (Semaine Grands Auteurs)

  1. Mango 29/05/2011 11:29

    Les BD, récits, romans, films sur cette journée mémorable ne sont pas légions comme on aurait pu s’y attendre. Même s’il manque d’épaisseur, cet ouvrage est quand même une bonne surprise. Je vais
    me le procurer.

  2. Yaneck Chareyre 29/05/2011 16:22

    Côtés USA, si, il y a plusieurs recueils de publiés, mais souvent ce sont des illustrations. J’en possède un moi-même, publié chez Marvel Comics. Mais par contre, oui, les témoignages bd sur cet
    évènement sont encore peu nombreux. Ca mériterait de fouiner chez les petits éditeurs américains, ça doit exister….

  3. PG Luneau 29/05/2011 15:59

    Je n’ai pas encore lu ce grand album, atypique sur bien des points (très grand format, très mince, au thème chatouilleux et fort puissant), mais je compte bien m’y mettre un jour puisque, moi non
    plus, comme bien d’autres, je n’ai rien lu d’autre de Spiegelman que son incontournable Maus.

  4. Yaneck Chareyre 29/05/2011 16:21

    C’est un bel objet, très intéressant sur le fond, ça peut vraiment compenser son côté « court sur page »

  5. Sara 01/06/2011 18:50

    Je connais Maus mais pas du tout cet album: à découvrir donc, vu ce que tu en dis. En tout cas le sujet – et surtout son traitement- m’intriguent…

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