Le journal de mon père (Semaine Noir et Blanc)

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Titre: Le journal de mon père
Auteur: Jiro Taniguchi
Editeur VF: Casterman
Collection VF: Ecritures
Editeur VO: Shogakukan Inc.
Date de publication VF: 2004

Yoichi est designer, il vit à Tokyo avec son épouse. Mais un soir il reçoit un coup de téléphone: son père est mort. Il ne l’avait plus revu depuis quinze ans, car Yoichi avait tout fait pour ne pas retourner dans sa ville natale. Mais pourtant, il va bien falloir qu’il s’y rende. Pendant la veillée funèbre, Yoichi va réaliser que bon nombre des reproches qu’il faisait à son père, étaient de vieilles incompréhensions d’enfant. Et en premier lieu, le divorce de ses parents.

Je pensais que Quartier Lointain était la grande œuvre de Jiro Taniguchi, mais je me trompais. J’avais eu du mal à rentrer dans les premières pages de ce livre, lorsque je l’avais emprunté pour la première fois il y a quelques temps. J’avais laissé cette lecture de côté, et sa présence en bonne place dans le top bd des blogueurs m’a donné envie de le lire une bonne fois pour toute. De Quartier Lointain, on retrouve le regard en arrière, la confrontation du regard d’enfant à la vie d’homme. Mais dans cet album ci, Taniguchi ne rajoute pas la petite romance, il se concentre pleinement sur les relations père/fils, enfant/ adulte, et je trouve qu’on y gagne en sérieux et en grandeur. Il n’y a pas de légèreté, dans le journal de mon père, je trouve cette histoire plus efficace. Mais toujours aussi juste. J’aime particulièrement cette situation du fils n’ayant jamais parlé à son père, puisque j’aurai pu me trouver dans cette situation. J’aime donc voir que j’ai réussi à dépasser cela, et à entrer en communication avec mon propre père. Désolé pour le personnage, mais moi je l’ai fait. Chaque situation sonne avec une justesse déconcertante, je trouve. Taniguchi dit être parti de sa propre situation, mais quant à ses retrouvailles avec ses racines, pas celles avec son père particulièrement. Il prouve donc une fois de plus tout son talent de conteur d’histoire, en parvenant à trouver les bons mots, les bonnes situations, celles qui vous font entrer en résonance au détour d’une page. Je suis impressionné par tant de maîtrise. Et il n’y a pas de bons ni de méchants, dans cette histoire. Même la mère, qu’on pourrait diaboliser pour avoir abandonné ses enfants, est traitée avec respect, et justesse. Le contexte est présenté, les attentes différentes des deux parents. La fierté de Takeshi mise à mal, face au sentiment d’abandon de Kiyoko. Lequel des deux est en tort? En est-il un qui ait plus compris l’autre? Je ne crois pas.
J’aime cette histoire, enfin, parce qu’elle repose sur un principe que j’ai moi-même pris comme règle de vie, ne pas se taire quand on peut parler. La parole résout beaucoup de choses, ou du moins, ne permet pas aux remords de s’installer. Et ça, ça me paraît primordial. Le silence est un poison, la confiance et la parole me semblent deux vertus essentielles. Cet ouvrage ne fait que me convaincre dans mes choix. Et j’aime qu’une « simple » bande dessinée, puisse faire naître tout cela.

Je n’aborde le dessin qu’à toute vitesse, car après tout, Taniguchi est toujours égal à lui-même. Tout en finesse, en délicatesse. Ceux qui n’aiment pas ne trouveront rien de plus, ceux qui adorent, apprécieront toujours.
La grande force de cet album, vous l’aurez compris, c’est son scénario. Une histoire forte mais simple, universelle. Humaine. Un ouvrage qui dépasse les frontières et les cultures. Un chef d’œuvre, en somme.

 

Ils en ont parlé: Edelweis, Shinmanga, Delphine, Mangathèque.

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15 réflexions sur “Le journal de mon père (Semaine Noir et Blanc)

  1. Yaneck Chareyre 22/04/2011 08:47

    Absolument. D’autant plus qu’au départ, j’étais plutôt réticent. J’ai réellement été convaincu par ma lecture.

  2. PG Luneau 22/04/2011 14:37

    Moi, ça a été mon premier manga! C’est cet album, par la beauté des traits de sa couverture (je parle toutefois d’une autre édition, en trois tomes grand format, de Casterman), qui m’a donné l’envi
    de me risquer à lire un manga «adulte» (en opposition aux deux ou trois Dragonball et autres Yu-gi-oh! que j’avais lus et qui m’avait complètement déprimé).
    Tu comprendras que j’ai été soufflé, et que j’ai adoré!! Tu comprendras aussi que j’hésite, maintenant, à me replonger dans d’autres mangas : après avoir goûté à une telle perfection, on a peur
    d’être déçu!

  3. Yaneck Chareyre 22/04/2011 16:11

    As-tu lu Quartier Lointain, ou ses recueils de nouvelles? (je ne me souviens plus si tu les as chroniqué) Un bon moyen de poursuivre cette belle ambiance.

    Sinon, côté adulte, tu as Undercurrent, dont ma chronique se trouve sur l’index du blog, qui est très bon aussi.

  4. Lunch 23/04/2011 00:19

    Il y a pleins de bonnes choses en manga. Il y a autant de variété qu’en bande dessinée franco-belge (sinon plus d’ailleurs, parce que le mangaka n’a pas de limite dans les thèmes qu’il aborde).
    Si tu n’avais lu que Dragon Ball et Yu-Gi-Oh, c’est assez réducteur 🙂

  5. PG Luneau 23/04/2011 16:00

    @ Lunch et Yaneck: Ces deux titres jeunesse ont été les deux plus gros «hits» chez les jeunes pendant de nombreuses années (au Québec, du moins). C’était donc les deux seuls vrais modèles que j’ai
    eu sous les yeux pendant une bonne dizaine d’années, via mes élèves. J’aurais pu faire l’effort d’aller en librairie et de me renseigner sur ce qui se faisait d’autres, mais je n’en avais pas
    envie, à voir le contenu hyper-redondant de ces deux séries (ce qui m’enrageait le plus, avec elles, c’est qu’elles partaient pourtant toutes deux d’une idée de base intéressante!). Il n’y a que
    depuis cinq ou six ans que le marché s’est ouvert un peu plus largement.
    Et non, je n’ai pas encore lu Quartier lointain. C’est un des nombreux titres sur ma liste d’achats futurs.

  6. Yaneck Chareyre 23/04/2011 23:20

    C’est comme dire que le franco-belge se résume à Astérix. Ca se vend, mais aujourd’hui ce n’est pas le meilleur. Comme Dragon Ball….

  7. cristie 06/03/2013 12:15

    Tu as parfaitement mis en mots un certains nombres de mes ressentis. C’est vrai que Taniguchi ne prend pas parti sur ces personnages, il nous laisse libre, il les traite avec respect tout en
    mettant en lumière ce qui peu nous aider à la compréhension de leurs ombres et leur lumière !

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