Droit du sol (Mardi chronique)

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Titre: Droit du sol
Auteur: Charles Masson
Editeur: Casterman
Collection: Ecritures

Attention, nous avons là un album riche en contenu. Un album qui traite de l’immigration des malgaches vers le territoire français de Mayotte. Passeurs, clandestins, locaux, métropolitains venus aider la région, ou au contraire en exploiter les travers, Police de l’Air et des Frontières, tout ce petit monde se côtoie, plus souvent pour le pire que le meilleur. Prostitution, misère, morts violentes, racisme, le tableau dressé est loin d’être beau. Et l’amour dans tout ça? Tariffé, adultère, sans lendemain. Non, vraiment, ce n’est pas beau à voir.

Cet album me pose une difficulté, qui m’est totalement personnelle. Dans les engagements politiques, s’il y a bien un domaine où je ne SAIS PAS, c’est l’immigration. Chez moi, s’affrontent en permanence humanisme et arguments économiques. Faute, dans mes engagements, d’avoir obtenu des analyses précises et argumentées, je ne sais pas. Mon analyse sera donc incomplète. J’avance avec prudence.
Je le disais en présentation, il n’y a pas grand chose de beau dans la vie à Mayotte, selon Charles Masson. Nicolas Sarkozy ministre de l’intérieur alors, soumettait la police locale à des quotas d’expulsion importants, tandis que les passeurs malgaches se faisaient de plus en plus nombreux. Ceux qui étaient renvoyés le soir, revenaient la nuit suivante. Prenant des risques énormes, voyageant de nuit sur des barques de misères, et risquant à tout moment de chavirer et de se noyer (ils ne savent pas nager), ou dans le meilleur des cas, de tomber sur la police. Tout ça, pour trouver une nouvelle vie, sans pauvreté, le rêve français…
Sur l’île, il y a deux types de population. Les locaux, et les expatriés. Ils partagent souvent une même passion, abuser des clandestins, les exploiter, et les renvoyer chez eux. Ne pas oublier en passant de leur cracher dessus et de leur faire cracher un maximum d’argent. Ce n’est pas beaucoup, mais y’a pas de petit profit. Masson introduit une nuance, au sein des expatriés. Certains venant sur l’île avec un idéal réel, prêts à servir la population locale et à aider n’importe quel être humain, avec ou sans papiers. Ceux-là sont quand même rares, chez Masson. Les sales blancs abusant des clandestines, femmes de ménage ou le plus souvent prostitués, sont nettement plus nombreux. Ils viennent sur l’île avec la mentalité. Des loosers en métropole, tout à fait prêts à se prendre pour de petits rois. C’est écœurant.
Il ne fait pas bon vouloir nouer des relations intimes, chez Charles Masson, surtout quand on est de couleur de peau différente. Aucune histoire « d’amour » mixte ne se termine bien. Le poids des traditions locales, le rapport d’infériorité qui se met partout, car le blanc a l’argent, et pas sa femme, la prostitution, et les blancs qui baisent exotiques, en retrouvant bobone en métropole… La seule histoire qui s’en sort, est entre deux expat. Faut-il y voir une morale?

Je m’arrêterai là, j’ai du mal à établir une analyse plus profonde. Ce qui est certain,  c’est que ma part humaniste est celle qui réagit à cet album. La dernière page est à ce titre d’une violence sans bornes, et d’une simplicité déroutante. L’horreur quotidienne en somme.
Charles Masson tire un parallèle entre cette situation (réelle, d’ailleurs, je le précise), et la résistance contre les rafles des juifs pendant la seconde guerre mondiale. Et clairement, tout cela fait réfléchir. Ca balance un coup de poing dans le bide, comme le souhaite Charles Masson en post-face.

Reste l’effroyable question: Que faire?

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2 réflexions sur “Droit du sol (Mardi chronique)

  1. Benjamin Il y a 4 ans

    C’est clair que la dernière séquence est totalement insoutenable.
    Je me suis sincèrement posé la question : Masson en a t-il rajouté dans le glauque pour que son message soit plus fort ?
    J’ai peur que ce ne soit pas le cas, mais bon…

  2. Yaneck Chareyre Il y a 4 ans

    Je serai bien incapable de répondre à cette question, mais il est certain qu’elle se pose légitimement. Et malheureusement, comme toi, je crains qu’il n’en rajoute pas.

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