Blankets (Jeudi chronique)

blanketsTitre: Blankets
Auteur: Craig Thompson
Editeur VF: Casterman
Collection: Ecritures
Editeur VO: Top Shelf Editions USA

Voici un moment que cet album trône dans le top bd des blogueurs, sans que je ne me le procure. J’ai longtemps hésité, un peu effrayé par l’épaisseur de l’ouvrage. 582 pages tout de même, tout en noir et blanc. Ca ne s’aborde pas comme un Lanfeust. Et ce qui m’embête, c’est que de grands scénaristes que j’apprécie, comme Neil Gaiman ou Brian Michael Bendis, vante les qualités de ce livre, que certains comparent à Maus, mais moi, je n’y adhère pas du tout.

Le point sur l’histoire, d’abord. Craig est un enfant, ado, banal du Wisconsin. Un frère cadet, une vie pas facile avec des parents pas très riches, mais une mère extrêmement dévote. Durant un camps de jeunes, Craig l’ado va rencontrer Raina, une jeune fille différente des autres, elle aussi, et il va en tomber amoureux. Un premier amour, de jeunesse. Ils vont s’écrire, et malgré la distance, se revoir. Pour s’aimer.

Le premier grand amour, c’est un thème tout à fait intéressant, et je dois reconnaître qu’il est bien mené par Craig Thompson. Il sait montrer avec délicatesse mais précision, la façon dont peuvent s’enflammer les jeunes coeurs. Il sait tout aussi bien montrer comment l’harmonie naissante se défait peu à peu, sous les coups de la vie. Ca, clairement, c’est très bien fait, avec une belle justesse de sentiment.

Mais il y a quelque chose qui m’a donné envie de vomir tout au long du livre: l’obscurantisme religieux. Craig évolue dans un monde gouverné par la religion, et personnellement, ça me fait peur autant que ça me dégoûte, tellement ce qui est montré est malsain et dangereux.
Pré-ado, Craig dessine, et il dessine bien. Mais le jour où il dessine une femme nue, c’est branle-bas de combat à la maison, et devant le portrait de Jésus, on lui dit que le diable a rendu impure le fait de penser au corps nu. Mais quelle idiotie profonde! Plutôt que de simplifier le rapport au corps, de cet enfant qui ne fait que grandir, on l’enferme dans une prison morale d’où il ne doit pas sortir. Et qui ne lui permettra pas de comprendre réellement ce qui lui arrive. Je ne suis pas un chantre de la liberté à tout prix, mais là, quelles entraves injustes sont posées de force sur cet enfant… L’obscurantisme, je vous disais. Celle qui rend le désir coupable et dangereux, au lieu de donner les clés pour le maîtriser, et le canaliser.
Pire encore, ado, presque adulte, Craig se voit expliquer par le pasteur que les cours des Beaux-Arts impliquent de regarder des corps nus pour les peindre ce qui selon lui aurait mené son frère à la pornographie, et, outrage suprême, à l’homosexualité. Quelle ignorance… Et ces hommes là se disent des guides, et ils le sont, le pire.

Cette ignorance est encore plus visible, lorsque durant un mariage dans un musée, la mariée explique à Craig que la Terre a des milliards d’années de vie, et comment on le prouve, et que le pasteur intervient en disant que la bible dit que la Terre a 6000 ans. Et que donc, c’est ça qu’il faut croire… Bêtise crasse… Alors que l’on sait bien que les textes religieux quels qu’ils soient, sont tous réécrits par les hommes, depuis des siècles… Non, pour ce pasteur, rien n’est allégorique dans la bible. C’est la vérité révélée.

Et encore, si le fait de vivre ainsi permettait aux jeunes d’avoir une rigueur morale. Mais fondamentalement, ce n’est pas le cas. Ils sont encore plus intolérants, encore plus dénués de compassion que les autres. Craig en est la victime, lui, qui, pour le coup, correspond mieux à ces valeurs théoriques. Voir une telle hypocrisie me donne envie de vomir.

Pour conclure, que me manque-t-il pour apprécier cet album? Une réelle condamnation claire de ces comportements fanatiques. Il me manque ça. L’histoire d’amour est bien menée, oui, elle traite avec respect un sentiment souvent infantilisé. Je le reconnais bien volontiers.
Mais je ne peux accepter un simple brossage de tableau de toute cette ignorance crasse. Et si Craig perd la foi à la fin, il n’en dit rien à ses parents, qui ne manqueraient pas de le conspuer.
Tolérance? Respect? Compassion?

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2 réflexions sur “Blankets (Jeudi chronique)

  1. Loula Il y a 4 ans

    C’est vrai que je ne me rappelle pas de grand chose de ma lecture de cette bd, mais la seule chose c’est ce problème avec la religion… Et bien maintenant tu va pouvoir faire baisser sa note dans
    ton classement^^

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