Pinocchio (Jeudi chronique)

pinocchio

Titre: Pincchio
Auteur: Winshluss
Editeur: Requins Marteaux

 Vous connaissez bien évidemment l’histoire de Pinocchio, le petit pantin, et de son créateur, Gepetto, qui voulait à tout prix un enfant. Imaginez qu’un auteur sous acide se réapproprie de nos jours l’histoire, et en livre une version modernisée et tout à fait personnelle… C’est ça, le Pinocchio de Winshluss. Une interprétation destroy de la célèbre histoire, ainsi que de celle au passage de Blanche Neige.
Cette fois, Pinocchio est un robot, et Gepetto un gros opportuniste qui rêve de vendre sa création à l’armée. Mais Pinocchio s’échappe et part vivre sa vie, toute pleine d’aventures aussi atroces les unes que les autres. Blanche Neige est une comateuse abusée par les 7 nains, et Jiminy un cafard squatteur dans la caboche en fer blanc du robot.
De ce point de vue là, pour ce qui est du scénario, j’adhère pleinement. Je trouve très bon de massacrer un peu les vaches sacrées de la littérature enfantine. Après tout, nombre contes sont eux-mêmes assez violents si l’on y réfléchit bien.

Mais il y a un… détail, qui me pose problème. Un petit débat qui s’installe entre Paul de Bulles Graphiques et moi. Il n’y a pas de textes, en dehors des planches récurrentes de Jiminy Cafard.
Et chez moi, cela est rédhibitoire. Pour moi, une bande dessinée doit contenir et du dessin, et du texte. Je maintiens. Je ne suis pas friand de ce genre d’expérimentations scénaristiques. Certes, les dessins restent tout à fait compréhensibles, on voit très bien ce que l’auteur veut dire. Mais je reste sur mes positions, faire de la bd, ça demande l’effort d’utiliser à la fois le dessin et le texte. Une contrainte propre au genre, mais à laquelle je tiens beaucoup.

Quel bilan tirer donc? Je vous encourage à lire cet album. Il a un fond, assurément, et si vous n’êtes pas réfractaire par principe comme moi à l’absence de bulles, et si vous êtes prêt à serrer les dents devant les affronts commis par Winshluss, vous devriez passer un bon moment.

Petite précision, cet album est la première lecture décidée par les membres de KBD. Vous pourrez donc lire prochainement sur notre blog une synthèse de tous nos avis à ce sujet.

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11 réflexions sur “Pinocchio (Jeudi chronique)

  1. Benjamin 14/01/2010 06:55

    Je ne suis pas totalement d’accord avec toi. La BD est un art graphique, en cela, si le dessin est suffisamment fort, il peut se suffire à lui même, évidemment, cela nécessite un petit peu (voir
    beaucoup) de talent.
    Je ne citerais qu’une seule BD pour illustrer mon propos :
    Là où vont nos pères.

  2. Yaneck Chareyre 14/01/2010 07:29

    Celle que je n’aime pas du tout, tu veux dire, de bd? Celle que je ne considère pas comme une bd mais comme de l’illustration? ^^

  3. Benjamin 14/01/2010 07:35

    Rââââh !
    Je trouve que c’est une expérience graphique formidable, narrativement très forte et qui raconte vraiment quelque chose.
    Par exemple, je trouve que Bilal est actuellement dans une démarche bien plus illustrative que la BD là où vont nos pères…

  4. benjamin 14/01/2010 13:08

    C’est à dire qu’à mon sens, Bilal privilégie plus une démarche tendant à l’illustration pure et dure (pour preuve, il réalise les toiles -on ne parle plus de planche- sans ordre particulier, puis
    il colle un chouä de texte, quel lettrage horrible -en passant-) au détriment de la narration, celle ci étant nettement relégué au second plan (voir plus loin encore !!).

  5. Choco 14/01/2010 18:20

    Je suis d’accord avec Benjamin aussi. Et j’allais aussi te citer l’album de Shaun Tan qui est pour moi un petit bijou.
    Pour moi, les illustrations sont des planches indépendantes qui ne racontent pas d’histoire. Et à partir du moment où ça en raconte une, ça signifie qu’il y a un scénario et donc un souci de
    narrativité, bulles ou pas bulles.
    Ceci dit, je n’ai pas lu Pinocchio, il est dans ma liste depuis longtemps !

  6. Yaneck Chareyre 14/01/2010 21:36

    Une histoire n’est pas un texte, je maintiens. Et y’a quelque part ici une chronique sur l’album de Shaun Tan. Catégorie Fourre-tout je pense.

  7. Lunch 14/01/2010 23:20

    Eh bien j’avoue que c’est une BD que je n’ai pas lue mais qui est sur ma liste.

    Pour revenir au débat, moi non plus je ne suis pas d’accord. Mais comme je le dis souvent dans ce genre de cas, c’est une histoire de goût.
    Cela ne me choque pas que des gens n’aiment pas une BD sans texte, mais c’est vrai que cela reste une bande-dessinée. D’ailleurs, c’est un exercice très difficile que de réaliser une BD sans texte,
    car l’auteur doit faire passer le message malgré tout.

    D’un point de vue lecteur, ce genre de BD personnellement j’adore, car cela nous permet de prendre un plaisir énorme (quand c’est bien fait) à suivre une histoire qui se passe des mots. Une
    narration qui passe par les images uniquement et qui transporte au travers d’un récit.

    Une autre BD sans texte parmi les plus connues, il y a aussi  » l’homme qui marche  » de Taniguchi. Je sais que tu aimes bien ce qu’il fait, maintenant, à toi de juger 🙂

    PS : J’adore Bilal, je suis vraiment fan de ce qu’il fait. Et pourtant je ne peux qu’être d’accord avec ce qui s’est dit, son style graphique est très proche de l’illustration. D’ailleurs, j’ai un
    artbook de Bilal dans ma bibliothèque, en plus de la totalité de son œuvre ou presque.
    Et son style ne cesse de s’épurer au fil du temps, c’est un véritable délice pour les yeux (en tout cas pour les miens).
    Mais une BD Bilal, c’est bien plus que ça 🙂

  8. Yaneck Chareyre 15/01/2010 07:04

    J’assume relativement mon orthodoxie sur le sujet, mais je comprends assezbien qu’on puisse ne pas être d’accord avec moi.
    Je dissocie vraiment l’illustration de la bade dessinée.

    Mais sans doute comme peut être dissocié le style classique en peinture, avec ses codes, et le cubisme, au hasard. Ca déstructure les codes. Et moi, oui, je suis dans la catégorie des rigoristes
    qui disent « non, on ne déstructure pas » ^^

  9. paul 14/01/2010 23:36

    c’est très intéressant ce questionnement sur Bilal et les premières remarques me paraissent justes. Peut-être un peu dur sur la narration : Bilal pose à mon avis des univers forts bourrés
    d’inventions, doublés de personnages souvent en profondeur (j’aime par exemple bcp celui de Sacha après ses mésaventures en sibérie, ou la dualité nikopol-horus). Quant au scénario il suit quand
    même plus ou moins son cours, non? Je me dis souvent après la lecture d’un des albums qu’il parvient justement à faire de la bd avec des « illustrations ». Après j’admets tout à fait les dérives
    pointées…

    Quant à la bd « muette » puisque je suis cité 🙂 je n’ai, en fait, pas particulièrement d’avis sur la question : cela me déroute souvent (au passage je vais essayer de lire « là où vont nos pères »
    puisqu’on en parle pas mal ici !) ; mais parfois m’enchante (cf odi’s blog 2.0) Je vais m’attaquer à Pinochhio et on verra !

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