Un zoo en hiver (Mardi Chronique)

 

un-zoo-en-hiverTitre: Un zoo en hiver
Auteur: Jiro Taniguchi
Editeur VF: Casterman
Collection VF: Ecritures

Lire un nouveau Taniguchi est toujours pour moi un incroyable plaisir. Les occasions d’être déçu par ce mangaka ont été assez rare, mais à l’inverse, on ne peut que constater la très grande qualité de la plupart de ses œuvres.
Jiro Taniguchi nous livre ici un album inspiré d’un pan de sa vie qu’il n’avait pas encore exploré en dessins, à savoir comment il est devenu mangaka. Son personnage, puisque ce n’est pas directement de lui dont il s’agit, est un jeune graphiste occupé par un emploi sans grand intérêt. Presque par hasard, il se laisse convaincre à faire un essai chez un grand mangaka de Tokyo, essai concluant. Ainsi donc, en quelques jours, le jeune homme qu’il est peut commencer à vivre de son dessin. Mais l’univers des créateurs de manga n’est pas un univers tendre, et Hamaguchi, le héros, va devoir lutter pour y faire sa place.

Il y a deux aspects très intéressants, dans cette nouvelle œuvre de Taniguchi.
Je parlerai d’abord de l’histoire d’amour, pour en venir ensuite au cœur de l’histoire. Pour exprimer les sentiments, Taniguchi est l’un des plus grands dessinateurs. Sans débauche d’effets spéciaux, comme le manga aime à le présenter, il réussit à nous dépeindre une relation toute en finesse, qui n’ose s’avouer, et où l’on prend peur que notre lecture ne vienne l’abîmer. Quartier Lointain avait été l’occasion de commencer à voir cela, mais là, Taniguchi dispose des moyens de faire aboutir son histoire.

Ensuite et surtout, l’intérêt de ce manga, c’est de nous faire découvrir le monde des mangakas. Un monde très éloigné du monde de la bd européenne, et même d’une bonne part de la bd américaine. Car au Japon, lorsqu’on lit qu’un auteur est à l’origine d’une œuvre, il n’y a aucune garanti qu’il soit le seul dessinateur à l’ouvrage. C’est ce que l’on appelle le fonctionnement en studio. L’auteur vedette réalisant le découpage de l’histoire, les personnages principaux, puis laissant le soin à ses assistants de réaliser les décors, les ombres, etc… Une conception assez impensable pour des européens, où l’auteur est seul maître à bord et doit tout réaliser par lui-même. Et pas si courant que cela aux Etats-Unis, malgré le fait que dessinateur, coloriste et encreurs soient souvent séparés. Le dessinateur réalise véritablement le dessin seul (des exceptions existent, et je pense particulièrement au Studio Deodato).
Au Japon, il n’y a rien d’illogique à ce fonctionnement. Nous sommes dans une société où l’individualisme est fort peu une valeur cardinale, où la somme du travail compte plus que les individualités nécessaire pour le réaliser. Mais cela interroge forcément sur notre façon de voir le travail, et la vie en société. Et bien entendu, sur la création.

A côté de cela, on retrouve les thèmes fétiches de Taniguchi, à savoir le rapport à la famille, au poids des traditions et des attentes.
Encore une belle réussite de la part de cet auteur qui est de plus en plus traduit en France.

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